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Notre cerveau est bien plus vicieux qu’on ne s’accorde à le croire. Très proche de nous, on a tendance à lui faire aveuglément confiance, on a bien tort. En réalité, il nous joue souvent de méchants tours et on ne s’en rend même pas compte. Je vais ici vous décrire quelque uns de ces pièges mentaux qu’on nomme biais cognitifs.
Un biais cognitif est par définition un motif psychologique qui cause une déviation de jugement.

Les sciences cognitives et les recherches en psychologie ont mis en évidence un grand nombre de biais cognitifs propres au cerveau humain, ces derniers peuvent nous mener à des erreurs de perception, d’évaluation et d’interprétation logique.
On en dénombre des dizaines et c’est un sujet passionnant, je vais cependant ici me concentrer sur un nombre restreint d’entre eux, ceux qui concernent notre thème de prédilection: l’efficacité individuelle au travail.

La planification fallacieuse

C’est tout simplement la tendance qu’ont les personnes et les organisations à sous-estimer le temps nécessaire à accomplir une tâche et ce même s’ils ont déjà l’expérience de tâches similaires.
En 1994, Buehler Roger, Dale Griffin et Michael Ross ont fait une expérience sur des étudiants américains. Ils leur ont demandé d’estimer combien de temps il leur faudrait pour écrire leur rapport de thèse et ce dans 3 cas de figures : dans le meilleur des cas, en moyenne et dans le pire des cas. Les moyennes de leurs estimations ont été 27.4 jours pour le meilleur des cas, 33.9 jours dans le cas moyen et 48.6 jours dans le pire des cas. Au final, ils ont mis en moyenne 55.5 jours pour rédiger leur thèse. Seuls 30 % des étudiants ont respecté leurs estimations.
Cela montre que les gens sont bien trop optimistes lorsqu’il s’agit de planifier un projet. Ils pensent pouvoir finir vite car c’est ce qu’ils veulent et ont tendances à surévaluer leurs expériences passées.

Le biais d’auto-complaisance

Cela désigne la tendance naturelle qu’ont les gens à attribuer leurs succès à leurs qualités internes, à leur travail, et leurs échecs à des causes externes, non dépendantes d’eux. Ce système de préservation de l’égo est particulièrement pervers vis à vis de notre efficacité au travail car il falsifie nos feedbacks, c’est-à-dire nos mécanismes de rétroactions. Cela a pour conséquence d’atténuer notre capacité de remise en question et donc de freiner notre progression.

L’auto-handicap

L’auto-handicap est une forme très particulière d’autocomplaisance puisqu’elle consiste à mettre en place soi-même les obstacles à sa réussite. C’est une manière particulièrement subtile et tordue (il faut le dire) de protéger son estime de soi car cela permettra d’attribuer l’échec aux fameux obstacles. Un exemple classique qui devrait parler à tous les procrastinateurs est le fait de faire un travail à la dernière minute. On pourra ainsi aisément attribuer la qualité médiocre du résultat au fait qu’on avait très peu de temps.

L’effet « Pire que la moyenne»

Face à une tâche jugée complexe, nous avons une tendance naturelle à sous-estimer nos capacités de réussite en comparaison des autres. Ce biais cognitif apparaît très clairement lorsque nos chances de succès sont perçues comme faibles. Cela brime notre motivation et, par extension, nos chances de réussir.

L’effet Google

Plusieurs études menées à Harvard et Columbia ont mis en évidence un phénomène intéressant. Les gens ont tendance à ne pas se souvenir des choses qu’ils savent pouvoir retrouver facilement sur internet. Le cerveau a une capacité naturelle à trier les informations et, s’il a à sa disposition un outil aussi puissant que Google, il ne prendra plus la peine de retenir certains détails. Attention à la déconnexion!

La malédiction du savoir

Ce biais cognitif nous montre que des personnes très bien informées sur un sujet trouvent extrêmement difficile d’y penser depuis la perspective de gens qui le sont moins. Ce phénomène peut poser de nombreux problèmes dans tout ce qui est transmission ou enseignement.
Des choses que vous jugez évidentes ne le sont pas forcément pour les autres.

L’illusion de contrôle

Nous pourrions la définir par la tendance qu’ont les gens à surestimer leur habilité à contrôler les événements. Cela peut même aller jusqu’à avoir le sentiment de pouvoir influer sur des éléments qui sont clairement hors de notre champ de contrôle. L’exemple le plus frappant est celui du joueur de roulette au casino qui pense pouvoir influencer la boule. Sans aller jusqu’à ce cas extrême, il est intéressant de constater que beaucoup de personnes sous-estiment dans le cadre de leur projet l’impact des événements externes, sur lesquelles, ils n’ont pourtant aucune influence. Cela mène à un optimisme souvent déraisonné.

La gratification instantanée

Face à deux récompenses, les gens choisiront le plus souvent celle qui est immédiate à celle qui est éloignée dans le temps. Plus une récompense est éloignée dans le temps, plus sa valeur décroit à nos yeux. Cette décroissance suivrait une courbe hyperbolique.
Voici une expérience menée sur de jeunes enfants, elle les met face à un dilemme cornélien, manger une guimauve tout de suite ou bien attendre que l’adulte revienne et en avoir une deuxième en plus de la première :
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Les recherches de Walter Mischel avec des enfants nous indiquent que ceux qui sont capables de retarder le moment de consommer la guimauve ont plus de chances de devenir plus tard de bons étudiants, qui seront davantage capables de faire face à la frustration et au stress, et ayant de plus grandes compétences sociales et cognitives.
Donc il faut bien comprendre qu’il est important d’apprendre à retarder les gratifications immédiates pour pouvoir avancer en direction d’un objectif qui nous apportera des gratifications bien plus grandes. C’est la clef du succès et pourtant notre cerveau fera tout son possible pour nous en détourner.

L’aversion de la perte

J’ai laissé pour la fin le biais cognitif qui selon moi nous cause le plus de problèmes et qu’il est essentiel d’apprendre à contrer. Il a pour l’instant surtout été étudié dans le cadre du fonctionnement des marchés financiers. C’est la tendance qu’ont naturellement les gens à préférer éviter une perte plutôt que d’accéder à un gain. En gros, perdre 100 euros aura un impact émotionnel bien plus fort sur nous que celui de gagner 100 euros. Ce mécanisme de protection peut nous causer bien des tords car, devant chaque nouvelle opportunité, nous faisons une fixette sur les risques et les points négatifs, en occultant complètement les opportunités et les points positifs. Un exemple parlant serait celui d’un homme qui verrait la femme de ses rêves à la terrasse d’un café, s’il décide de tenter sa chance, juste avant de passer à l’action, son esprit va automatiquement se concentrer sur tous les risques que présente la situation.

Des choses comme,

« je vais paraître ridicule devant les autres clients »,
« elle va avoir peur »,
« me prendre pour un lourd »,
« me rejeter »…

Alors qu’il pourrait très bien se dire :

« Je suis sûr qu’elle s’ennuie », « Je vais la divertir », « Je vais lui plaire », « Je n’ai rien à perdre et tout à gagner »…

Il faut comprendre que l’esprit va prêter bien plus d’importance à tout ce qui permet d’éviter la douleur qu’à tout ce qui permet d’accéder au plaisir. Dans le cas précis de la procrastination, le même mécanisme se met en place dans notre tête : il nous force à repousser la tâche alors qu’il suffirait de se concentrer sur les points positifs du passage à l’action.

Notre cerveau est bien plus qu’une machine complexe, c’est une boîte noire qu’on peine encore à comprendre. Pourtant, apprendre à contrôler notre esprit est juste le plus gros effet de levier que nous pouvons avoir sur l’ensemble de notre vie ! C’est même le challenge principal de notre existence puisque c’est de lui que va dépendre la réalisation de l’ensemble de nos projets.
Voilà pourquoi il est primordial de prendre conscience de ces biais cognitifs qui nous causent du tort et de les contrer.

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