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Avec des dizaines de projecteurs sur soi, on ne voit pas grand chose. La salle avait beau être remplie de 300 personnes, je ne pouvais pas distinguer un seul visage nettement, juste des contours, comme des halos. Quelques minutes auparavant, j’étais assis, assez nerveusement, dans mon fauteuil. Je pensais que la nervosité disparaissait, je n’avais pas été nerveux comme cela depuis longtemps. A croire que la boule au vente est quelque chose qui revient toujours à un moment ou à un autre. Mais plus le temps pour ça. Ca y est, maintenant, je suis sur scène, face à 300 personnes, et il me faut gérer la situation. Pour compagnons? Deux autres personnes, que je ne connaissais pas, là pour improviser avec moi. Le hasard a fait que je suis tombé sur deux timides pour partenaires…

Ah, la timidité! Parlons-en. Pour cela, revenons quelques années en arrière.

J’avais un peu plus de vingt ans et « Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Timide, mal dans ma peau et associable, mon seul refuge consistait à m’enfermer dans ma chambre à jouer frénétiquement à des jeux vidéos. J’étais geek avant que le mot ne devienne à la mode et, du point de vue de la valeur sociale, soyons réaliste : j’étais tout en bas de l’échelle, ma valeur sociale était nulle!

Avec de vieux démons hérités de mon enfance, un grand mal-être et une grande incapacité à communiquer, ou à être spontané, j’avais du boulot devant moi. BEAUCOUP de boulot. Un travail de titan même! Si j’espérais, un jour, pouvoir fonctionner normalement et sortir de ma bulle.

Le hasard m’avait fait découvrir quelques classiques du développement personnel. Un gourou américain du nom de Tony Robbins et des « technologies », comme on les appelle, un peu folles, mais extrêmement intéressantes, comme la PNL (Programmation Neuro-Linguistique). Ces personnes et ces livres me laissaient croire que, armé de courage et du désir de changer mes conditions, je pouvais évoluer. Evoluer, changer. Bref, sortir de ma condition d’adolescent boutonneux, socialement handicapé, pour, peut-être, pourquoi pas, sait-on jamais — et si c’était possible? — parvenir à être « normal », quelle que soit le sens que l’on rattache chacun à ce mot. Ce qui voulait vraiment dire pour moi : me sentir mieux.

Mais, voilà, changer n’est pas toujours facile! J’avais beau essayer de changer, c’est, à l’époque, comme si tout me retenait. Dans une ville individualiste comme Paris, pour un timide de l’époque comme moi, aller vers les autres et tisser de nouvelles amitiés n’était pas évident. Je me demandais même fréquemment si je tenais vraiment à me faire des amis ou à sortir de ma bulle, tant cela me semblait pénible, ardu et désagréable. Tant et si bien, que j’en venais à me demander s’il n’y avait pas quelque chose qui clochait chez moi. Peut-être que je n’avais pas le gêne pour être sociable? Peut-être que je ne pouvais pas changer et était condamné à rester cet adolescent attardé?

Bref! La situation n’était pas toujours rose… Et puis… Le hasard…

Le hasard a alors fait que j’ai eu l’opportunité de rejoindre un cours de théâtre d’improvisation. Lorsque l’on s’intéresse un peu au développement personnel, le théâtre d’improvisation (tout comme, plus généralement, l’idée d’essayer de nouvelles choses et de prendre des risques) revient assez régulièrement dans la conversation.

Et si rejoindre ce club d’improvisation théâtrale n’était pas exactement ce dont j’avais besoin? Rencontrer du monde, des gens qui ne me connaissaient pas, sans a priori? Me prêter à des exercices de communication? Travailler sur ma voix, mon langage corporel? Essayer de nouvelles choses à travers des exercices, sous couvert que ce n’est « que du théâtre »? Cela semblait une idée raisonnable.

Armé de mon seul courage, je rejoignais donc cette association pour un cours d’essai.

Là, à ma surprise, je n’étais pas la petite merde sociale que j’avais l’impression d’être depuis des années. Mes difficultés à communiquer semblaient s’évanouir lors de ce premier cours. J’arrivais à jouer des personnages selon les nécessités de l’improvisation. Je restais un peu sur ma défensive mais je parvenais à jouer et à fonctionner. Très satisfait de ce premier cours, je décidais donc de continuer.

Tout n’était pas parfait, certes. Parfois, mon côté Rain Man prenait le dessus et de gros quiproquos me mettaient en difficulté! A d’autres moments, ma tendance à parler dans ma barbe, à parler trop vite, sans articuler, me posait bien des problèmes. Mais, dans l’ensemble, la magie de l’impro prenait le dessus… Je prenais du plaisir, j’essayais de nouvelles choses et j’apprenais somme tout beaucoup au contact de mes partenaires de jeu et du prof. De manière plus profonde que cela, en impro, il s’agit de toujours se débrouiller avec les conditions dans lesquelles nous nous trouvons… et cela en fait une excellent exercice de travail sur soi! L’improvisation théâtre peut ainsi être une belle leçon de vie et ce qui nous amène ainsi au cœur de cette article!

L’improvisation est un excellent moyen de faire face à une variété de situations et à apprendre à se débrouiller d’une manière ou d’une autre.

C’est bien en cela que cela rejoint la mentalité du développement personnel à l’américaine, qui nous enseigne, somme toute, que tout est possible, qu’il y a toujours une solution.

Mais cela ne s’arrête pas là.

L’improvisation théâtrale c’est, aussi, la chance d’en apprendre beaucoup plus sur nous-même et sur les autres.

C’est une sorte de développement personnel en concentré. Comme une grande claque dans la gueule qui nous amène à faire face à nos peurs pour que nous les gérions elles, plutôt que pour nous laisser contrôlés par elles.

Le théâtre d’improvisation nous permet, entre autres, de :

Faire face à la peur de l’inconnu. Cours après cours, on se retrouve dans de nouvelles situations qu’il nous incombe de gérer. L’inattendu et la surprise sont partout!

Par exemple, si vous avez pour contrainte de jouer une scène sans parler, il vous faudra bien… Eh bien, improviser (!) pour que cela tienne la route.

Si vous jouez une autre scène où quelqu’un vous sort une réplique totalement déroutante… Il vous faudra, là aussi, gérer la situation!

C’est là que l’inattendu et la surprise font tout le charme de l’improvisation. On se découvre des facultés et du répondant que l’on ne soupçonnait pas forcément en nous.

Dans le même temps, les surprises, pour le meilleur ou pour le pire, rendent les interactions jouissives! Lorsqu’une improvisation est ratée, elle est généralement drôle de par son ridicule. Lorsqu’elle est réussie, elle est drôle parce qu’elle est spirituelle ou incroyablement surprenante! C’est la logique win-win dans ce qu’elle a de plus spontané! Dans tous les cas vous gagnez quelque chose, que ce soit du rire ou une bonne estime de vous.

Improvisation après improvisation, on se retrouve ainsi avec le plaisir d’avoir vaincu sa peur. Peur de perdre la face, peur du regard des autres, peur de l’échec… Quelle que soit la nature de cette peur de l’inconnu, elle disparaît, en nous confrontant à la réalité et grâce à la force de l’humour.

Briser la glace avec les autres.

Après avoir fait quelques improvisations avec quelqu’un, la glace font, les gens arrêtent de se juger les uns les autres en se s’en tenant qu’aux apparences. On arrête, soi-même, d’ailleurs, d’attacher trop d’importance à l’image que l’on projette. A la place, on est simplement nous-mêmes et c’est libérateur. Dans une société qui attache énormément d’importance à la superficialité des apparences, c’est un soulagement et une « pause » qui est la bienvenue. Une bouffée d’air frais. En impro, on souffle, on est nous-mêmes.

Le théâtre d’impro nous entraîne aussi à faire confiance. La prise de parole en publique et l’improvisation sont deux activités qui font peur à la majorité des gens. Pourtant, d’un point de vue rationnel (et c’est CETTE partie de vous qu’il s’agit d’écouter au moment de rejoindre un cours), il n’y a AUCUN risque. On ne meurt pas en participant à une impro! (de honte, peut-être, une fois ou deux, sur des vingtaines, mais on en renaît!). Bref, c’est moins dangereux que de conduire ou de traverser la rue!

Et ce qu’il y a de bon dans tout cela, c’est que, comme on apprend à faire confiance grâce à l’impro, on se détend de plus en plus. C’est de là, aussi, que vient ce soulagement libérateur chez ceux qui pratiquent l’improvisation théâtrale. En plus de l’opportunité, pendant deux heures, d’oublier tous ses soucis!

Se connaître soi-même.

Connais-toi toi-même

Socrate a beau avoir organisé beaucoup moins de séminaires que Tony Robbins, il n’en reste pas moins un des piliers du développement personnel! Se connaître soi-même est indispensable pour avancer dans la vie. Cela nous permet de savoir ce dont nous avons vraiment besoin, ce que nous désirons vraiment et, aussi, de savoir de quelles ressources nous disposons, pour atteindre ces objectifs et avoir une vie qui répond à nos attentes.

L’improvisation, comme une activité de développement personnel, est un excellent pas dans cette direction.

Elle nous permet de découvrir les ressources à notre disposition. Pas sous forme d’or, d’argent ou de billets verts, tous éphémères, mais plutôt sous forme des devises suivantes : notre imagination, notre capacité à travailler avec les autres, notre capacité à faire confiance, notre capacité à venir à l’aide de quelqu’un, notre capacité à gérer nos émotions… Toutes des facultés qui nous sont utiles, voire indispensables, à l’échelle de toute une vie. Non seulement l’impro nous permet de découvrir ces ressources en nous mais, évidemment, comme tout muscle que l’on travaille, elle nous permet de les développer. Sans même parler de qualités telles que la spontanéité, la répartie ou le sens de l’humour!

Après avoir rejoint un cours d’impro théâtrale en cours d’année, je renouvelais donc l’expérience l’année suivante. Cela ne m’a alors pas transformé en Superman des rapports humains et de la communication… (Il faut dire que je partais de loin.) Mais cela m’avait clairement transformé pour le mieux et fait gagner en confiance. J’étais somme toute sorti de ma bulle, j’avais réussi à me débarrasser du poids de mon asocialité et à renouer avec des choses normales pour une personne de 23 ans comme d’avoir une petite copine, de passer des entretiens d’embauche avec confiance et de décrocher un travail correct. La mission était accomplie.

Quelques années plus tard, après être enfin complètement sorti de la bulle que je m’étais créée et, après avoir rencontré des dizaines d’inconnus chaque mois pendant des années, je réalisais combien l’impro m’avait apporté. Je réalisais aussi à quel point cette activité me MANQUAIT! Je décidais donc de me réinscrire à un cours, qui à vrai dire s’avéra encore BIEN, BIEN meilleur que le premier.

Chaque lundi soir, pendant 2 heures, nous nous vidions l’esprit et rechargions nos batteries avec les gens de mon groupe. Certes, il y a toujours la difficulté à démarrer, malgré les échauffements (on hésite, une partie de nous a envie de rester assis tranquille sur son siège) mais, une fois lancé, on prend tellement de plaisir!….

Quelques exemples, qui viendront contre-balancer le ton très sérieux, mais sincère, de cet article. Imaginez plutôt :

[lists title= »Exemples d’improvisations » tag= »h2″]

[lists_item]Vous êtes deux sur scène. L’un d’entre vous doit parler dans une langue étrangère inventée. C’est moins dur qu’il n’y paraît, il suffit d’enchaîner, au hasard, des sons qui n’ont pas de sens en français. L’autre doit jouer le rôle de l’interprète et donc traduire les paroles de son partenaire. Ca donne naissance à des choses amusantes. Un exemple tout simple, « l’étranger » démarre par une tirade bien longue du type « Tou du blu bla lala gadou gadou ba, dou mi me ba bo bibo pi, tata. » Que son interprète pourrait traduire par un simple mais efficace : « Bonjour! ».[/lists_item]

[lists_item]Autre impro. Vous êtes quatre sur scène et vous devez improviser une publicité. Vous avez tiré trois mots-clefs au hasard, que vous devez utiliser dans le thème de votre impro. Il y a alors tout un tas de manières de s’y prendre mais, par exemple, une que j’affectionnais beaucoup, c’est de faire la voix-off de la publicité. Je me mets alors sur côté sur la devant de la scène et utilise une bonne grosse voix pour diriger et/ou commenter l’action.[/lists_item]

[lists_item]Autre exemple. Vous devez tirer trois papiers. Le premier vous donne un mot-clef, un deuxième vous donne un type de scène à jouer (par exemple, une publicité, une bande-annonce, un dessin animé…) et le dernier vous donne ce que l’on appelle la contrainte, c’est-à-dire, une manière dont vous devez jouer la scène (par exemple, en chantant, en dansant, en faisant des rimes, comme des enfants…). Les options de départ sont simples et limitées mais leur combinaison donne lieu à énormément de possibilités. (Si vous aimez les jeux du type Loup-Garou ou Mafia, où l’on peut jouer des heures avec trois fois rien, vous risquez d’adorer cela. C’est plus comme un jeu que comme du théâtre et, en plus d’être prenant, c’est énormément enrichissant).[/lists_item]

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Tandis que beaucoup rentrent chez eux déprimés le lundi soir, après le blues du dimanche soir, après avoir trop peu dormi la veille et après avoir eu du mal à reprendre leur semaine de travail… Eh bien, les cours d’impro du lundi soir nous permettaient à tous de recharger nos batteries, de rire aux éclats et d’apprendre une chose ou deux sur nous-mêmes et sur ce que nous pouvions faire. (En bonus, ces 2 heures de théâtre étaient fréquemment suivies de 2 heures d’apéro.) Attention! Ces cours cours d’impro sont fatigants. On se bouge, on court, on utilise énormément sa voix… Mais c’est de la très bonne fatigue. De celles qui vous revigorent et vous font sourire le lendemain en y repensant.

Revenons-en à notre scène d’ouverture.

Je suis sur scène avec deux personnes que je ne connais pas. Il y a environ 300 élèves dans la classe. 300 élèves des divers cours de théâtre de l’école où je suis mes cours d’impro. Moi, tellement timide il y a des années, me retrouve en compagnie de deux timides. C’est le moment de voir ce que je peux vraiment faire dans une situation que je ne maîtrise pas. Et il s’agit, alors, juste de se faire confiance. Après la rituelle et rapide concertation de 30 secondes avant l’impro, avec mes camarades de jeu, nous voilà sur scène. Et… Tout se passe bien! Je fais la voix off pour donner un cadre et une structure à l’impro, tandis que mes camarades jouent le jeu et lancent quelques répliques, hésitantes, certes, mais cela fonctionne. Nous ne pouvons pas les voir, littéralement éblouis par les projecteurs, mais nous pouvons les entendre : les gens, dans la salle, rient! L’improvisation durent ses trois minutes réglementaires. Puis nous redescendons de scène. Ma nervosité initiale, avant de monter sur scène, a laissé la place à un désir et une énergie énormes, je n’ai qu’une envie : y retourner! En somme, le « truc » a fonctionné une fois de plus : la peur, une fois affrontée, a laissé la place à l’excitation et au plaisir! C’est une règle à laquelle je fais depuis confiance. Derrière la peur : le plaisir!

Après maintenant plus de deux ans passés à parcourir le monde, je n’ai pas eu la chance de rejoindre d’autres cours, mais c’est quelque chose qui me manque et que j’ai hâte de recommencer.

Si vous avez vous aussi envie de rejoindre un cours d’impro, que ce soit pour le plaisir du jeu ou pour évoluer personnellement, foncez! Les cours sont présents partout en France. Sur Paris, le prix avoisine les 700 euros mais c’est un investissement qui n vaut la peine, au vu de tout ce qu’il peut vous apporter. Un conseil : prenez un cours avec suffisamment d’élèves (8 grand minimum, de préférence une petite douzaine) pour qu’il soit vivant.

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