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Dans ce long article en 2 parties, on va voir ce que j’estime être les causes profondes de la baisse de notre productivité individuelle et de la procrastination. Qu’est ce qui fait qu’on a de plus en plus de mal à se concentrer et à travailler efficacement ?

Tout d’abord, un peu d’histoire

Notre société entière a été construite autour d’un principe fondateur, la recherche d’efficacité. De la préhistoire à aujourd’hui, notre souci quotidien a toujours été d’améliorer nos outils, nos méthodes… Que cela soit dans les transports, la construction, la communication, l’ensemble des disciplines humaines… L’évolution, le progrès sont les mots clés.

La question maintenant est pourquoi cherchons nous à être efficace ?

La réponse est simple. De notre capacité à travailler effacement dépend la réalisation de nos projets, notre accomplissement ou de manière plus abstraite notre succès. Et par succès, je ne sous entends pas argent ou gloire. Evidement , ils peuvent en être des composantes mais pour moi le véritable accomplissement est le sentiment d’avoir donner le meilleur de soi même dans le cadre d’un objectif que l’on s’est fixé. On pourrait même simplifier par «  Etre fier de soi ».

Comprendre notre monde

Il faut bien comprendre que depuis les années 50 s’est progressivement mis en place une société dite de consommation.

La premier constat dans une société de consommation est la présence d’un choix immense.Il y a 100 ans, ce n’était pas le cas. Cette notion de choix inimaginable, elle est étendue à tous les secteurs. Si vous voulez vous acheter une télévision, vous avez le choix entre les technologies LCD, plasma, oled , 3D… Choisir devient un processus diabolique , vous en avez pour des jours et des jours.

Si demain vous souhaitez acheter une boite de chocolat, c’est pareil. Le choix est déraisonnable. Pourtant on se doit de choisir.

Et à coté de ça, la plupart des gens ont le sentiment de ne pas avoir le choix, d’être pressé, comprimé par le monde. Une situation opprimante et inconfortable. Par exemple, une grande partie des gens n’apprécient pas réellement leur travail, pourtant ils continuent à l’exercer car ils n’ont pas le choix. La vie économique est construite d’une telle manière que nous sommes obligés à gagner de l’argent pour survivre.

Donc une des choses qu’il faut apprendre à faire, c’est de restreindre le surplus de possibilités lorsque c’est nécessaire mais aussi s’ouvrir à de nouvelles opportunités dans les situations dites « bloquées ». Car dans un cas on se sent confus et dans l’autre piégé. Des situations inconfortables qui bloquent le passage à l’action.

Le rôle du divertissement

Autre point qu’il est nécessaire de comprendre. Dans cette société de consommation, le divertissement joue lui un rôle de plus en plus prépondérant.

Le livre majeur de Guy Debord de 1967 « La société du spectacle » commence par « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles »

Debord y développe le concept du spectacle, qui est la mise en scène de phénomènes sociaux pour fasciner et aliéner les gens. En gros, le spectacle est une justification de la société, il lui donne un sens. Le spectacle est aussi décrit comme une manipulation par le rapport inégal qu’il introduit avec le spectateur. Ce dernier est en effet par définition passif et soumis face à cette figure d’autorité. Les médias jouent un grand rôle dans cette aliénation, et la télévision en particulier. S’il était encore vivant, il aurait sans doute ajouter, internet, youtube…

On peut rapprocher ce concept de certaines idées de Zbigniew Brezinski qui a été l’un des plus influents théoriciens de la politique américaine de ces 40 dernières années, conseiller des présidents Carter ou Obama .

Il a théorisé ce qu’il appelle, assez cyniquement, le « tittytainment » (jeu de mot entre titty qui veut dire téton et entertainment qui veut dire divertissement). C’est une théorie selon laquelle la société future assurera la domination des très riches sur le reste de la population par l’abêtissement généralisé grâce notamment aux divertissements. Dans cette société future, 20 % de la population suffirait à faire tourner le système (auraient donc un emploi), les 80 % restant seraient inutiles et il faut donc les occuper pour ne pas les laisser sombrer dans la frustration.

La profusion de sources d’informations

Les sources de distractions sont aujourd’hui juste phénoménales. Regardez un peu le nombre de chaines de télévisions qu’on capte tous, le nombre de stations de radio… C’est hallucinant ! Regardez aussi le nombre de magazines, de journaux… Et sur internet, c’est encore plus impressionnant, les sources d’informations auxquelles on a accès donnent le vertige.

Et bien il faut comprendre que toutes ces sources d’informations peuvent se transformer en distractions. Et comme vous vous en doutez déjà, les distractions sont les ennemies jurées de l’efficacité au travail. Ils pompent notre énergie et nos capacités de concentration qui sont des ressources limités.

Le zapping compulsif

Une autre chose est caractéristique de notre société, c’est ce phénomène de zapping compulsif. Tout est réduit, compressé. Nous ne sommes plus capables de rester concentré sur quelque chose plus de quelques minutes. Une bonne manière de prendre conscience de ce phénomène est de comparer les montages des films des années 50 avec ceux d’aujourd’hui. Ca n’a strictement plus rien à voir, le rythme n’est pas le même. C’est aujourd’hui beaucoup plus rapide. Si vous prenez par exemple certains films de Jacques Tati, vous verrez que les scènes sont bien plus longues que ce qu’on voit aujourd’hui, le réalisateur prend tout son temps pour mettre en place ses idées, ses effets comiques… Aujourd’hui, une grosse partie de l’audience serait incapable de regarder ces films par manque de patience , par leur incapacité à rester concentrer de longues minutes sur une scène.

Un autre exemple qui montre bien cet état de fait est l’évolution qu’à connu le sketch humoristique.

Si vous prenez les sketchs de Coluche des années 70 ou 80, vous verrez que ce sont des constructions complexes avec des intrigues qui tiennent sur plusieurs minutes avec une chute à la fin… Aujourd’hui , les artistes contemporain comme par exemple gad elmaleh ont calqué le modèle américain du stand up où il doit y avoir une chute (ou une punchline en anglais) toutes les 5 secondes , ça fait tac tac tac tac…

Cet attention réduite des spectateurs est un véritable fléau puisque des œuvres plus construites et ambitieuses deviennent impossibles à distribuer. Et pour le coup, c’est un cercle vicieux car plus on ingurgite d’informations au format court et compressé nécessitant peu d’attention moins on travail justement notre capacité de concentration et plus celle ci diminue.

Il faut absolument sortir de ce cercle vicieux et étape par étape augmenter sa capacité de concentration.

La sur-disponibilité

Autre point crucial, nous sommes dans une société de sur-disponibilité. On est tous disponible à tout moment les uns pour les autres et ce à cause des nouvelles technologies. On est aujourd’hui tous équipé d’un portable 24h/24 prêt donc à recevoir des coups de fil à tout moment, des sms…

Pareil lorsqu’on est sur l’ordinateur, on reçoit des mails , des messages facebook, des tweets et pleins d’autres sollicitations. Pire encore , aujourd’hui avec les smartphones, on a tout en un, un téléphone ordinateur, toujours sur soi et connecté à mille et une choses .

Mille et une choses qui peuvent nous interrompre dans notre travaille et dans nos moments de concentration. Donc pour résumer, la capacité de concentration qui est primordial pour notre efficacité au travail est une ressource limitée et nous vivons dans un monde de plus en plus prédateur vis à vis de cette ressource.

Donc voilà la problématique

Si d’un point de vue purement technique, les progrès sont indéniables et facilement vérifiables. Qu’en est-il de notre capacité individuelle à nous concentrer, à nous motiver … plus généralement à travailler et à être productif.
De nombreuses études ont été faites ces dernières années sur ce sujet et la majorité s’accordent à dire qu’il y a de ce côté… régression. Je peux par exemple en cité une récente du professeur de psychiatrie allemand Manfred Spitzer qui avec l’aide de 62 professeurs d’universités allemandes montre que des compétences importantes comme la logique argumentaire, la capacité de saisir ou résumer un texte et la capacité de concentration seraient amoindries chez les plus jeunes étudiants universitaires ayant grandi avec l’avènement de l’Internet. Selon les chercheurs en neurosciences, ces déficits seraient dus à une sorte d’overdose numérique, un mécanisme chimique de stress cérébral causé par le zapping informationnel.

Nous sommes la première génération à vivre dans une surabondance d’informations. Voilà quelque-chose d’important dont il faut avoir conscience, nous sommes aujourd’hui confronté à des problématiques nouvelles liées aux progrès techniques.
Etre performant , concentré ,efficace au 21 siècle demande une méthodologie inédite qui n’est malheureusement pas encore enseignée dans les écoles. Ca le sera sans doute un jour mais vu l’inertie de ces immenses structures et l’âge moyen des gens qui les contrôlent, il faudra attendre encore pas mal d’années.

La suite dans la partie 2.

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