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«T’inquiètes, je gère, qu’elle m’avait dit, je peux parfaitement répondre à des SMS, suivre l’actualité de mes amis sur Facebook et travailler sur mon rapport, ça ne me pose aucun problème, je suis multitâche, moi, monsieur »

Commençons par définir le concept. Le multitasking est un terme générique provenant de l’informatique et qui signifie « faire plusieurs tâches en simultanée ». C’est une problématique très moderne, profondément contemporaine car liée à la technologie.


Cela pose la question cruciale de l’omniprésence des nouvelles technologies de communication et d’information dans notre quotidien.

Le smartphone en est un exemple concret, en plus des appels, il reçoit des SMS, des mails, des messages et informations Facebook, des tweets… L’utilisateur d’un iPhone se transforme donc par définition en « multitasker » (qu’il est laid ce mot).

Un ressenti erroné

Il est intéressant, premièrement, de remarquer que le multitasking nous donne cette étrange impression d’être terriblement efficace. On fait plusieurs choses à la fois donc on se croit par définition fort productif. Je vais vous montrer à partir de toute une série de recherches qu’il n’en est rien et que c’est même tout le contraire.

A partir des années 90, de nombreuses études ont été mené sur le fonctionnement et les limites du cerveau humain dans le cadre du multitasking. La plupart démontrent que le multitasking provoque une chute vertigineuse du quotient intellectuel et que des tâches, même très simples, si elles sont effectuées en simultané, vont inévitablement provoquer des interférences entre elles.

Des études unanimes

Certains parlent même de l’existence d’un goulot d’étranglement qui ferait que le cerveau ne pourrait traiter qu’une tâche à fois. Le psychiatre Edward Hallowell est même allé jusqu’à décrire le multitasking comme un mythe où les personnes croient pouvoir accomplir 2 ou 3 tâches de manière efficace mais qu’il n’en est rien. Un exemple concret est le portable au volant. Il a été démontré qu’on a 4 fois plus de chances d’avoir un accident en voiture lorsque l’on parle au téléphone.
Il a aussi été démontré qu’il est possible d’effectuer 2 tâches en même temps uniquement si celles-ci utilisent des parties différentes du cerveau.
Ainsi, il est possible d’écouter de la musique en même temps qu’on lit, à condition que cela soit de la musique sans paroles. Dans le cas contraire, nos capacités de compréhension décroissent fortement car les deux tâches font appel à la zone cérébrale consacrée au langage. De même, il est totalement contreproductif de répondre à des mails ou à des SMS lors d’une réunion ou d’une conférence.

Multitasking et apprentissage

D’autres, comme Mayer et Moreno, se sont intéressés au multitasking dans le cadre de l’apprentissage avec toute une série de tests sur les capacités cognitives d’individus et leurs réactions face à un trop plein d’informations simultanées, et en sont arrivés à la conclusion qu’il était tout simplement impossible d’apprendre tout en faisant du multitâche.

Junco et Cotten se sont eux intéressés aux effets du multitasking dans le cadre scolaire, son influence dans le succès ou l’échec des étudiants.
Globalement, il est prouvé que l’étudiant adepte du multitâche a plus de difficultés et a de moins bonnes notes. Il est ici cependant important d’inclure quelques distinctions. Selon cette étude récente, Facebook et les SMS ont une influence clairement négative sur les notes des étudiants alors que les recherches web et les mails, non.

Le temps de transition entre plusieurs tâches

Au niveau du fonctionnement du cerveau, il faut comprendre que ce dernier a besoin avant chaque nouvelle tâche d’un temps de redémarrage et de focalisation.

Par conséquent, alterner entre plusieurs tâches nous fait en réalité perdre beaucoup de temps et d’énergie dans les transitions. De telle sorte, qu’on met au final bien plus temps pour les accomplir que si nous les avions faites les unes à la suite des autres. Ainsi les travaux de Meyer et David Kieras nous montrent justement que, en plus d’être moins performant sur chaque tâche distincte, on perd en plus beaucoup de temps dans le processus.
De même, il a été prouvé aussi qu’à chaque fois que le cerveau est face à plusieurs informations, données, actions …
Il fait automatiquement un travail de classement par priorités ou importances. C’est un processus mental qui consomme beaucoup de temps et d’énergie.

La concentration, une ressource précieuse

Dans notre monde moderne, tout dans notre environnement nous pousse au multitâche. C’est une infection. On est littéralement submergé d’informations, de sollicitations en tous genres qui nous bouffent littéralement les ressources mentales. Les éviter est un job de trapéziste. Il faut dire aussi que notre cerveau ne nous y aide pas vraiment, ce dernier est en constante recherche de récompenses. Chaque nouveau mail, SMS, commentaire Facebook est ressenti comme une récompense, donc il est très facile de tomber dans un cercle infernal de procrastination et d’inefficacité. Avoir pleinement conscience de ce danger est déjà une bonne manière de l’éviter.

Notre capacité de concentration est précieuse. Elle seule nous permet de mener à bien nos projets et d’être productif. On se doit de la protéger. Le multitasking est à la concentration ce qu’est le guépard à la gazelle, un prédateur.

Et le bien être dans tout ça ?

Au-delà du souci de productivité et d’efficacité, il est aussi intéressant de voir les études qui ont été faite au niveau des conséquences du multitasking sur le bien-être des individus.

On peut notamment citer les travaux de Barry Schwartz qui explique que, avec Internet, il est facile pour l’individu d’être noyé dans un océan d’informations, ainsi que dans une multitude de choix possibles. Cette situation aurait un effet négatif sur le bien-être.
Avec un entrainement adéquat, il est évidemment possible d’améliorer ses performances en multitasking. Cependant, il est important de comprendre que jamais le cerveau humain (du moins dans sa forme actuelle) ne sera capable d’effectuer plusieurs actions en simultané avec la même efficacité. Voilà pourquoi, dans un souci de recherche d’efficacité, il est impératif d’éviter au maximum le multitasking.
Une bonne stratégie peut être de programmer à l’avance dans sa journée les instants où on s’autorise à faire du multitâche et de les limiter dans le temps. Ces moments étant parfois inévitables, autant les cantonner à certaines heures précises du jour et les effectuer en pleine conscience, plutôt que de les subir.

Vous l’avez maintenant compris, l’un des enjeux majeurs pour être productif se situe dans notre capacité à nous isoler et à nous concentrer sur une tâche unique. Couper le bruit ambiant (dans sa définition large) devrait être la priorité de tout individu qui recherche à être efficace. Revenir à des fondamentaux comme la recherche du silence et de l’isolement doit être un combat quotidien pour tout individu en quête de concentration.
Il faut se méfier, voire rire, de cette mode qui nous présente les qualités de l’individu 2.0, ce modèle qu’on nous vante parfois, ce surhomme capable de tout faire en même temps. Ce n’est qu’une illusion, aussi vraie qu’un mannequin photoshopé.

Aussi, à partir de maintenant, prenez l’habitude, lorsque vous travaillez de vous poser toujours la même question. Suis-je en train de faire du multitasking ? Si oui , y suis-je obligé ?

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